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Rodolphe Burger et son groupe Kat Onoma nous ont habitués à des reprises-signatures étonnantes, certaines d’entre elles devenant des fleurons de leur répertoire. C’est le cas notamment du morceau « Radioactivity » de Kraftwerk, qui a fait l’objet d’innombrables versions en concert, plus incandescentes les unes que les autres.
Avec cet album, intitulé Replay Kraftwerk (Radio-Activity), Rodolphe Burger pousse plus loin l’exercice. Cette fois, c’est l’intégrale de l’album Radio-Activity qu’il reprend, avec Julien Perraudeau. On redécouvre ainsi cet album mythique, 50 ans exactement après sa parution.
Relu à la loupe, ce disque révèle, au-delà de sa chanson titre (qui devint très vite un tube international), une originalité de construction qui a beaucoup dérouté les critiques de l’époque, mais lui confère une vraie valeur de manifeste. Album-concept par excellence, il ne comporte que 4 chansons, mais développe, à travers une série d’intermèdes, des variations sonores et textuelles autour du double thème de l’onde et de la radiation, qu’il est passionnant de redécouvrir aujourd’hui dans tout leur détail.
Le Replay de Rodolphe Burger prend le parti d’une grande fidélité à l’original, en s’appuyant, pour ce qui concerne l’aspect électronique, sur le minutieux travail d’archéologie et de réinvention de Julien Perraudeau, et sur un travail de traduction et d’adaptation pour ce qui concerne l’aspect textuel (notamment sur le shakespearien « Die Stimme der Energie »).
Replay prend cependant d’emblée la liberté d’une transgression fondamentale, en réintroduisant la guitare au coeur d’un album qui s’en était délibérément affranchi. Omniprésente dans cette relecture de Kraftwerk, la guitare de Rodolphe Burger renvoie le groupe de Düsseldorf à son origine rock, et reconduit pour finir à un point de départ : l’album s’achève par une nouvelle version du morceau « Radioactivity » (qui ouvrait l’album original), cette fois plutôt inspirée par celle, totalement guitaristique, de Kat Onoma. En y ajoutant la voix d’Einstein, Rodolphe Burger boucle la boucle.
La légende dit que les membres de Kraftwerk, informés de l’existence d’une version du morceau « Radioactivity » par un groupe français par leur directeur artistique devenu leur ami Maxime Schmitt, avaient d’abord unanimement froncé les sourcils. C’est seulement lorsque Maxime Schmitt, après avoir vanté les mérites de Kat Onoma, avait précisé que le groupe était originaire de Strasbourg, que les membres de Kraftwerk avaient accepté avec soulagement de considérer la proposition : « Ah bon, alors ça va ! », auraient-ils répondu. Cette anecdote dit peut-être quelque chose d’une certaine histoire musicale rhénane, à laquelle Kat Onoma, et Rodolphe Burger de plus en plus, peuvent être rattachés. La parution sur le label Dernière Bande de cet album anniversaire a eu lieu en avant-première en octobre lors de l’édition 2025 du festival C’est dans la Vallée.
Le samedi 11 octobre, au Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines, une « Radioaktive Nacht », rassemblant des artistes venus de part et d’autre du Rhin (Felix Kubin, Reverend Beat-Man, et Pole), a vu Rodolphe Burger et Julien Perraudeau présenter leur Replay Kraftwerk en live, qui a donné lieu à une captation disponible sur Arte Concert.
Étienne Jaumet est un musicien français singulier, né en 1970, dont la trajectoire incarne une quête permanente entre abstraction hypnotique, groove instinctif et exploration sonore. Formé au saxophone au Conservatoire et diplômé en ingénierie du son, il se fait d’abord connaître sur la scène indépendante, naviguant entre pop, rock et électro, avant de s’affirmer comme une figure incontournable de l’avant-garde électronique française.
Multi-instrumentiste éclectique, il joue avec une rare liberté du saxophone, des synthétiseurs analogiques, de boîtes à rythmes et même du theremin, créant des paysages sonores organiques où souffle improvisé et machines vintage fusionnent. Avec le duo Zombie Zombie, formé en 2006 avec Cosmic Néman, il impose une électro psychédélique influencée par le krautrock, le cinéma d’horreur et l’avant-garde, qui élargit sa palette rythmique et texturale et lui permet de tourner internationalement.
En solo, Jaumet poursuit une démarche instinctive où chaque son circule librement entre pensée et sensation.Ses albums — de Night Music (produit par Carl Craig) à La Visite, puis 8 Regards Obliques — témoignent d’une écriture ouverte, entre techno spectrale, jazz cosmique et motifs répétitifs envoûtants.
Artiste de live captivant, il module en temps réel, passant du sax aux synthés tout en sculptant des grooves subtils, créant une transe à la fois cérébrale et sensuelle. Sa musique, nourrie d’EBM, d’images cinématographiques et d’une liberté formelle affirmée, installe une signature unique dans l’électronique contemporaine, un espace où l’organique et le numérique s’entrelacent sans hiérarchie.
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